Pourquoi la série « Sex Education » a eu autant de succès

Si vous n’avez pas entendu parler de la série « Sex Education« , c’est peut-être parce que vous faisiez une retraite quelque part dans l’Himalaya, coupé.e du monde, ces deux dernières années. Parce qu’en effet, peu importe l’âge ou le sexe, il semblerait que cette série ait eu un succès énorme auprès du public. Pourquoi ? Eh bien, peut-être parce que nous avons toutes et tous été attiré.e.s par le discours informé, ouvert et décomplexé sur le sujet des sexualités. Pourquoi cette attirance ? Sûrement, parce que la plupart d’entre nous n’avons pas eu accès à un discours informé, ouvert et décomplexé concernant la sexualité et pourtant nous en avons bien besoin.

Durant ma formation en tant que coach en sexualité, j’ai été amenée à explorer l’ensemble des messages que j’avais reçu de la part de ma famille, de la société, des médecins, de l’école, de mes groupes de pairs, etc. autour de la sexualité. Lorsque je regarde la section « éducation à la sexualité » sur le site de l’Education Nationale, je tombe sur le descriptif suivant : « Contribuant à préparer les élèves à leur vie d’adulte, l’éducation à la sexualité se fonde sur les valeurs d’égalité, de tolérance, de respect de soi et d’autrui. Elle veille à garantir le respect des consciences, du droit à l’intimité et de la vie privée de chacun« . Dit comme ça, ça fait envie mais personnellement, ce n’est pas du tout ce que je retire de mon « éducation sexuelle » à l’école. On devrait appeler cela plutôt une éducation « de la reproduction » ou éducation « mécanique et anatomique », et encore … dans 97% des livres de biologie, en 2020, le clitoris n’est pas représenté correctement anatomiquement parlant !

Or, une éducation sexuelle digne de ce nom commence par une connaissance exhaustive de son anatomie. C’est un pré-requis indispensable : savoir quels outils incroyables j’ai à ma disposition et où je les trouve dans mon corps. Ensuite, une éducation « fonctionnelle » : par quels mécanismes ces outils divins fonctionnent-ils et comment puis-je les utiliser seul.e ou avec un.e partenaire pour une sexualité épanouie ? Nous avons bien sûr besoin d’une éducation exhaustive sur les « risques » liés à la sexualité (MST, VIH, grossesses, indésirées, etc.) mais n’avons-nous pas aussi besoin d’une éducation au plaisir ? à la communication avec soi et avec l’autre ?

Alors, attention, je ne dis pas que TOUS les professeurs de Sciences et Vie de la Terre fournissent une mauvaise éducation sexuelle. Je ne dis pas non plus que c’est entièrement de la responsabilité de l’Education Nationale, car les parents ont aussi un rôle très important à jouer. Simplement, à constater la désinformation générale autour de l’anatomie, du fonctionnement de nos organes sexuels et des pratiques sexuelles possibles, je ne peux que comprendre l’engouement du public pour la série Sex Education. On est inondés de messages nous disant qu’il faut être « une bête de sex au lit » ET en même temps on ne nous donne pas l’ensemble des informations et outils nécessaires à un réel épanouissement dans notre sexualité. Combien de femmes qui éjaculent ont honte d’en parler ? Combien d’hommes qui adorent la pénétration anale n’oseraient jamais le conseiller à d’autres hommes ? Combien de femmes vivent des années sans jamais avoir d’orgasme et se résignent ? Combien d’hommes se trouvent démunis quand ils n’arrivent pas à faire jouir leur compagne par pénétration ? … etc.


En fait, l’éducation sexuelle dont la plupart d’entre nous avons bénéficié est extrêmement basique parce qu’elle est habitée par la honte, le dégoût, la gêne, la peur ou la culpabilité dont notre culture judéo-chrétienne est si friande OU alors, elle est imprégnée des pratiques cinématographiques (et donc non réalistes) du porno. Peu importe le sexe qui nous a été attribué à la naissance, nous sommes nombreux à passer à côté de tant d’expériences sensorielles, sensuelles, sexuelles délicieuses à cause de cela.

Imaginez, vous avez envie d’apprendre à jouer de la guitare parce que ça y est vous avez l’âge. Vous allez à l’école de musique de votre ville, vous vous dites que c’est le plus adapté, que ces gens là s’y connaissent. Premier cours avec votre professeur, il vous montre ce qu’est une guitare grâce à une image sur un livre et la description rattachée : « la guitare est une grande caisse en bois un peu arrondie sur le bas, avec un manche et 6 cordes, on joue à la guitare avec l’index et le pouce et on peut jouer « Au clair de la Lune » avec telle et telle corde mais il faut être très sérieux parce que ça peut être dangereux ». Lorsque vous lui demandez si vous allez apprendre à lire les notes sur une partition, il se met à rougir et vous dire « heu ça n’est pas prévu dans les cours de guitare ». Vous retournez la semaine suivante à l’école de musique, espérant en apprendre encore un peu plus, et là le professeur de guitare vous dit : « Ah non, à partir de maintenant on apprend à jardiner ici ». Déçu, vous rentrez chez vous, sur le chemin du retour vous passez au magasin d’instruments et vous achetez une guitare, vous disant que tant pis vous allez apprendre par vous-même, votre copine Adèle vous a expliqué un peu comment faire ou au pire en regardant une vidéo sur YouPlay. Déjà vous remarquez que en plus de la caisse en bois et des cordes, il y a des petites manivelles pour ajuster les cordes. Le professeur ne vous en avait pas parlé, peut-être que votre guitare elle est défectueuse ou différente du coup. Vous vous débrouillez plutôt pas mal et vraiment vous finissez par plutôt bien savoir jouer Au Clair de la Lune. Bon, vous vous êtes fait des ampoules aux doigts, vous avez le poignet douloureux régulièrement et vous avez du remplacer les cordes un nombre de fois incalculable mais bon, vous vous dites qu’au moins vous savez jouer de la guitare.
Et là, un jour, vous croisez un type dans la rue qui joue … autre chose que « Au Clair de la Lune ». Vous n’en revenez pas : « Mais ! Mon professeur de guitare m’avait dit qu’on ne pouvait que jouer « Au Clair de la Lune » ! ». Et là, vous réalisez que le type joue « Knockin’ on Heaven’s Door » des Guns N’ Roses sur une guitare électrique à 10 cordes, avec un médiator, accompagné d’une basse et d’une batterie… et tout cela en faisant des grands sourires et en ayant l’air de vraiment s’amuser. Vous voyez que lui aussi il a les petites manivelles sur sa guitare pour ajuster les cordes, vous n’êtes pas la/le seul.e. Et là tout un monde s’ouvre devant vous.

Voilà à peu près ce qu’il se passe lorsque l’on commence à vraiment prendre le temps de s’éduquer sur la/notre sexualité…. on réalise à quel point on a manqué d’informations, de pratique et d’accompagnement sur toutes les différentes façon de la vivre, de l’expérimenter. Très sincèrement, sauf si vous cherchez activement des informations précises et différentes que celles qui nous sont donnés sans « effort » (à l’école, dans les médias, via nos parents ou nos pairs), c’est comme prendre le cours de guitare avec ce prof qui finalement ne connaît pas grand chose de plus à la guitare que vous-même.
C’est exactement pour cette raison là que j’ai envie d’accueillir tous les êtres humains qui souhaitent apprendre à mieux jouer de leur instrument divin qu’est leur sexe et oser jouer différents morceaux avec un tas d’autres instruments, tout cela dans le profond de respect de chaque musicien. Il est temps de sortir de l’obscurantisme !

Il n’est jamais trop tard pour apprendre.

xoxo

(photo de présentation par Taras Chernus : @chernus_tr)

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