« Défaire un mot, Refaire le monde » #2 : LA MASTURBATION

Je me souviens de mes potes en classe de 5ème au collège qui arrivaient le matin en se vantant du nombre de fois qu’ils s’étaient « branlés » (selon leurs termes) le matin même ou la veille. Je me souviens être partagée entre curiosité de découvrir l’intimité des hommes, excitation liée à l’exposition à la sexualité de façon très directe dans les mots, une admiration et envie pour leur capacité à en parler sans gêne … le tout sous une bonne grosse couche de dégoût et de jugement.

Je me souviens si bien lorsque j’étais petite qu’il ne fallait pas que je parle DU TOUT aux adultes ni à qui que ce soit de ce truc que je faisais la nuit dans mon lit et qui était très agréable. Alors que j’étais plutôt le genre de petite fille à ne pas trop réussir à garder un secret très longtemps (j’en profite pour m’excuser auprès de mes copines …. je n’ai pas toujours bien gardé leurs secrets en primaire). Mais purée, ce secret là … Je savais, je savais que ce truc là il ne fallait pas en parler. Je n’ai aucun souvenir d’avoir été découverte entrain de le faire et punie ou humiliée, et pourtant je savais que ‘ça’ fallait pas en parler. Bon, du coup moi pendant très longtemps j’ai cru que j’avais une maladie mentale grave et que j’étais une obsédée sexuelle et que le jour où je serai découverte au grand jour, je serai enfermée dans le fond d’une cave ou que j’irai en prison. Quelle saine et merveilleuse façon de découvrir les joies du plaisir sexuel, n’est-ce pas ?

Le jour où j’ai appris l’étymologie du mot « masturbation » … j’ai mieux compris. Le poids de la honte qui semblait presque innée, comme si sans rien expérimenter j’étais née avec la honte liée avec le fait de me masturber. Masturbation, vient du latin manus (main) et stuprare (polluer). Je me masturbe… je me manus stuprare … je me pollue avec ma main. Littéralement. Dans le dictionnaire Littré, vieux dictionnaire du XIXème siècle, le mot masturbation est défini comme suit : « Genre de libertinage solitaire, nuisible à la santé« . Ajoutez à cela la torture que cela semblait être pour ma grand-mère de trouver un mot pour désigner mon « machin-chose » et vous avez la recette parfaite pour vivre une sexualité avec soi qui sent bon la culpabilité, la honte, la peur et le dégoût ! La 8ème édition du dictionnaire de l’Académie Française (1932-1935), n’était pas beaucoup plus accueillant de cet acte sexuel puisqu’elle le définissait comme une « pollution solitaire« . Du coup, en lien avec cette définition, les gens qui sont tous seuls et jettent leurs déchets par terre sans se faire remarquer, pratiquent la masturbation ? Ah, non … ça ce sont juste des branleurs me dit-on au micro !

Même si « masturbation » aujourd’hui semble avoir un sens plus neutre dans son usage et semble être le mot qui convient le mieux d’utiliser pour être « politiquement correct », je ne suis toujours pas à l’aise avec son utilisation. Mais, me direz-vous, ce pauvre mot n’a rien demandé et il a bien le droit à une seconde chance…. Oui et non. Parfois il faut renaître de ses cendres.

Alors en alternative, on a « branler » (se branler) qui signifie « agiter de droite à gauche ou de haut en bas« , ou « secouer, faire trembler » ou encore « s’en moquer, rester indifférent » (« je m’en branle »). Libéré du côté « sale » et pollution, ce verbe là semble cependant encore enfermer cette pratique dans quelque chose de très limitant (et vraiment quand votre copine vous a dit que pour branler un garçon faut faire comme avec un joystick … c’est pas vrai !). Alors si vous aimez le « dirty talk » (dire des mots directs et sexuellement très explicites), allez-y sur l’utilisation de « branler » !

Finalement, la pratique globale c’est de se provoquer/se donner du plaisir sexuel (self pleasure, en anglais). Et après il y a une MULTITUDE de façon de le faire donc une multitude de mots pour décrie ce que l’on fait (et c’est valable pour les vulves, les pénis et tout ce qui existe entre les deux) : se masser le sexe, le caresser, le tapoter, le tirer, le secouer, le pénétrer avec ses doigts, le masser à l’intérieur avec un sex toy, l’envelopper, le faire vibrer à l’aide d’un vibro-masseur, le serrer, le frotter contre un objet (ou une autre personne consentante !), le frôler, le baigner … et pour les passionnés de tantra, en l’imaginant en ayant du plaisir, en le remplissant de l’énergie du soleil, en le faisant se gorger de l’énergie d’amour de l’Univers.

Entre
« cet après-midi, je me suis provoqué un plaisir sexuel immense en massant et tapotant ma vulve, tout en caressant l’intérieur de mon vagin avec mes doigts, le tout en faisant une danse du bassin »
et
« je me suis branlée« , « je me suis salis avec ma main« .
Laquelle de ces propositions vous donne le plus envie de recommencer ?
Laquelle de ces propositions vous donne le sentiment que votre corps et votre sexualité sont
sains, parfaits et divins ?

Bien entendu, utiliser ces mots là permet aussi de se détacher du conditionnement que le but ultime de se donner du plaisir c’est l’orgasme. Tout ce qui précède est tout aussi divin et important que le résultat. Jouir c’est merveilleux, mais c’est encore plus merveilleux quand on savoure chaque geste que l’on fait qui nos amène vers la jouissance.

Peut-être que si on utilisait aussi des mots plus précis, plus explicites pour décrire la façon dont on peut se donner du plaisir sexuel, cela aiderait :
1. à normaliser les expériences variées, les essais/erreurs pour trouver la meilleure façon de se donner du plaisir à soi – et finalement à normaliser ce truc que TOUT le monde (ou 99% des gens) fait depuis la nuit des temps.
2. à éduquer nos enfants sur une sexualité saine, variée et orientée vers la découverte de son propre corps, de son plaisir à soi, et d’apprendre ce qui donne du plaisir à l’instant T de l’expérience
3. cela permettrait de participer de façon plus globale à la suppression du tabou autour du plaisir sexuel (et en même temps de partager les bons tuyaux sur des pratiques auxquels d’autres n’auraient même pas pensé ! Pensez solidaires !)

Si cet article a réveillé chez vous l’envie d’en découvrir davantage sur votre sexualité, les endroits où la honte existe encore, ou encore là où vous vous sentez prêts à plus de lâcher-prise mais que vous ne savez pas comment, contactez moi, je me ferais un plaisir d’échanger avec vous autour du plaisir sexuel … et un tas d’autres sujets !

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AU SEIN DU COLLECTIF SOL & MANI, HÉLOÏSE VOUS ACCOMPAGNE ÉMOTIONNELLEMENT ET MENTALEMENT DANS VOS EXPLORATIONS SEUL, EN COUPLE OU DANS VOTRE SEXUALITÉ SANS TABOU EN TANT QUE PSYCHOLOGUE ET COACH EN RELATIONS & SEXUALITÉ.

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